L’alternance : regard sur l’impact d’un dispositif en forte croissance

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L’alternance est une modalité de formation comprenant un volet pratique et un volet théorique qui alternent par périodes. Il repose sur un contrat de travail qui prend la forme d’un contrat d’apprentissage pour la formation initiale ou d’un contrat de professionnalisation dans le cadre de la formation continue. Un système particulièrement utile pour acquérir des compétences et une expérience de travail tout en obtenant un diplôme ou une qualification professionnelle reconnue par l’Etat.

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L’alternance s’adresse aussi bien aux lycéens et aux étudiants, qu’aux salariés, aux demandeurs d’emploi ou aux entrepreneurs. Dans tous les cas, la personne en alternance divise son emploi en temps entre formation dans un organisme extérieur et travail en entreprise.

C’est pour cette spécificité-là que l’alternance est aujourd’hui plébiscitée par bon nombre d’acteurs du monde du travail et de la formation qui y voient un moyen de faciliter l’insertion professionnelle des jeunes (voire des moins jeunes) qui passent par des périodes d’inactivité répétées faute d’avoir une qualification « demandée » sur leur bassin d’emploi.

Mais qu’en-est-il de son impact réel sur les parcours d’insertion des intéressés ?

La croissance explosive de l’alternance

Un récent rapport de la Cour des Comptes (juin 2022) note que le nombre d’entrées de jeunes en alternance est passé de 438 000 à 799 000 entre 2016 et 2021, soit une hausse de 82 %. C’est essentiellement l’apprentissage, et donc la formation initiale, qui rend compte de cette augmentation inédite des entrées en alternance.

Cette explosion de l’alternance doit beaucoup à des politiques publiques d’emploi et de formation volontaristes : la réforme de l’apprentissage (loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel) a vu ses effets se conjuguer vertueusement à ceux d’aides exceptionnelles à l’embauche d’alternants, mises en œuvre pour faire face à la crise sanitaire.

Toutefois, si la hausse des effectifs en apprentissage est sensible quel que soit le niveau de diplôme, elle concerne tout particulièrement les niveaux supérieurs au baccalauréat (1) alors que le nombre des apprentis préparant CAP ou Bac Pro reste relativement stable.

Avec un peu plus de recul, la DARES constate que si l’engagement des gouvernements successifs sur le sujet a permis d’augmenter significativement le nombre de contrats d’apprentissage sur les vingt dernières années (+37% entre 1998 et 2018), la part de ces contrats visant à préparer un diplôme de niveau CAP/BEP n’a cessé de baisser (2).

Pourtant, dans le même temps, de nombreux travaux ont démontré combien l’apprentissage bénéficiait davantage aux jeunes les moins qualifiés.

L’impact de l’alternance sur l’insertion professionnelle des jeunes

Avec une convergence dépourvue d’ambiguïté, la littérature scientifique confirme l’impact positif de l’alternance sur l’insertion professionnelle des jeunes apprentis par comparaison avec le cursus scolaire classique.

Les études font ainsi état d’une meilleure performance des sortants d’apprentissage dans leur insertion sur le marché de l’emploi suite à l’obtention d’un diplôme de niveau CAP/BEP (Sollogoub & Ulrich, 1999 ; Simonnet & Ulrich, 2000 ; Kulanthaivelu, 2020). Cette plus-value de l’alternance se traduit notamment par un accès plus rapide des jeunes au premier emploi : 7,6 mois pour les titulaires d’un CAP / BEP en apprentissage contre 11 mois pour les élèves sous statut scolaire (3).

Outre des profils socio-démographiques un peu différents (plus âgés, plus souvent en possession d’un autre diplôme ou du permis de conduire…), plusieurs facteurs expliquent ce meilleur accès au premier emploi, parmi lesquels : l’expérience de l’immersion en entreprise sous statut salarié, le fait d’avoir prouvé sa valeur au sein de l’entreprise (43 % des jeunes en emploi 7 mois après leur formation travaillent dans l’entreprise qui les a accueillis en apprentissage), la proximité des compétences acquises avec celles effectivement utiles en milieu de travail, etc.

Des effets durables qui permettent à l’apprentissage de garantir, à moyen terme, des emplois de meilleure qualité avec, notamment, des contrats plus stables.

Toutefois, il faut nuancer ces performances qui interviennent principalement sur les parcours d’insertion de jeunes ayant préparé des diplômes de niveaux 3 et 4 (respectivement CAP et Bac) : ce sont eux qui profitent le plus des effets positifs de l’alternance sur l’accès à l’emploi.

D’où le faible impact du « boom » de l’alternance sur les conditions d’insertion des jeunes dans leur globalité, cette croissance étant portée principalement par des contrats d’apprentissage sur des diplômes du supérieur.

Cet avantage conféré par l'apprentissage en termes d'insertion dans l’emploi explique en grande partie la volonté de développer cette voie de l’alternance. Côté entreprises, la formule fait également mouche d’autant qu’elle répond à un double besoin : celui de bénéficier d’une main-d'œuvre bon marché et celui d’investir dans les compétences d’un futur salarié dans la perspective d’une embauche durable.

Pourquoi, alors, ce relatif désamour des plus jeunes vis-à-vis de l’alternance ?

Zoom sur les principaux freins à l’alternance pour les bas niveaux de diplômes

Outre son impact sur l’emploi, l’alternance offre donc une voie de poursuite d’études différente de la voie scolaire. Sa principale spécificité réside dans sa mobilisation d’autres contextes pour l’acquisition de connaissances et de compétences, avec des temps en entreprise majoritaires et une pédagogie particulière censée mobiliser une logique inductive et s’appuyer sur l’expérience des élèves au sein de l’entreprise.

Cela dit, cette singularité a sa contrepartie en termes d’exigences : elle suppose, pour les jeunes, de s’adapter à un rythme de travail plus conséquent (35h) sans vacances scolaires et avec davantage de pression (scolaire et professionnelle).

De plus, le moment du choix d’orientation vers la voie professionnelle intervient de plus en plus tôt – 15 ans ou moins – du fait de la politique de réduction du nombre de redoublements. Cet abaissement de l’âge à l’entrée en apprentissage se heurte à deux types de difficultés :

  • l’une, juridique, liée au fait que, pour des raisons de sécurité, certains métiers n’autorisent l’accueil d’apprentis qu’à partir de 16 ans révolus,
  • l’autre, plus subjective, a trait aux appréhensions des employeurs concernant la maturité d’apprentis si jeunes. Malgré les 45 jours de probation visant à repérer les erreurs manifestes d’aiguillage ou d’appariement, c’est très majoritairement après cette période d’essai qu’interviennent la plupart des ruptures de contrat.

Tout ceci concourt à ce que la part des 15-17 ans dans les entrées en apprentissage baisse régulièrement : de 36 % en 2018, elle atteint 22 % en 2021.

Accompagner pour rediriger l’alternance vers ses publics-cibles clés

L’accompagnement des plus jeunes à l’entrée en alternance constitue dès lors un enjeu essentiel : en témoignent les résultats très encourageants des dispositifs prépa-apprentissage qui suivent pas à pas leurs participants dans la construction du choix de formation en alternance ainsi que dans toutes les étapes qui suivront (recherche d’une entreprise d’accueil, intégration dans l’entreprise, points d’étape, etc.).

Les intermédiaires de l’accompagnement vers l’emploi jouent un rôle essentiel pour les jeunes non scolarisés qui souhaiteraient se former tout en étant déjà dans la vie active. Ils offrent notamment la possibilité de tester un choix d’orientation : l’immersion en milieu professionnel, de quelques jours à quelques semaines, permet ainsi de découvrir un contexte de travail, un environnement dans lequel le jeune peut commencer à se projeter professionnellement ou réaliser, au contraire, qu’il n’y est pas à l’aise.

Pour ceux qui n’ont pas accès à un tel accompagnement ou qui souhaitent commencer à réfléchir de leur côté, la plateforme Diagoriente propose une démarche conçue pour outiller la réflexion, l’action et la prise de décision chez les jeunes. A travers ses différents modules, cet outil permet de faire le point sur ses compétences, d’apprendre à les valoriser, de découvrir des métiers en affinités avec ses intérêts et de candidater auprès d’entreprises d’accueil. Une dernière fonctionnalité vise même à faciliter la recherche d’une entreprise d’accueil en alternance par de la candidature spontanée améliorée (4).

Se renseigner sur le dispositif

En apprendre plus sur l’impact de l’alternance sur l’insertion professionnelle :

  • Cahuc P. & Ferracci M., « L’apprentissage au service de l’emploi » Notes du Conseil d’Analyse Économique, n° 19 (2014).
  • Cart B., Léné A. & Toutin M.-H., « L’apprentissage favorise-t-il toujours l’insertion professionnelle ? » 20 ans d’insertion professionnelle des jeunes : entre permanences et évolutions, Essentiels Céreq (2018).
  • Couppié T. & Gasquet C., « Comment l’apprentissage favorise-t-il l’insertion professionnelle des CAP/BEP ? », Formation emploi, vol. 142, n° 2 (2018).
  • Cour des comptes, « La formation en alternance. Une voie en plein essor, un financement à définir », rapport public thématique, juin 2022, PDF.

Notes :

(1) Sur la période 2016-2021 : +78 % d’apprentis sur un titre équivalent au bac+2, +200 % sur du bac +5 et +300 % pour les diplômes de niveau bac+3

(2) Si 63 % des apprentis préparaient un diplôme Bac ou infra en 2016, ils sont moins de la moitié – 49 % – en 2020.

(3) Cf. Eric Kulanthaivelu, Les trajectoires professionnelles des sortants d’apprentissage et lycée professionnel en CAP/BEP : une analyse comparative, Dares, Document d’étude n° 241, 2020.

(4) Avec cette nouvelle fonctionnalité, il est désormais possible de trouver une alternance en renseignant son secteur d’activité et sa ville. Diagoriente recense les offres d’alternances en cours, mais également les entreprises susceptibles d’accueillir des alternants et à qui il est possible d’envoyer une candidature spontanée en joignant son CV, préalablement rempli sur la plateforme.

Article publié le 28-11-2022

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